DRESS Syndrome : Quand le traitement de la goutte devient un poison mortel
DRESS Syndrome : Quand le traitement de la goutte devient un poison mortel
Un cas clinique rapporté en Algérie (Mostaganem)
Le DRESS syndrome (ou syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse) est une réaction allergique grave, "systémique", ce qui signifie qu'elle attaque à la fois la peau et les organes vitaux (foie, reins).
Cette étude de cas, publiée en mars 2026, met en lumière l'expertise des équipes médicales de l'Université Abdelhamid Ibn Badis de Mostaganem. Elle a été documentée et analysée par une équipe pluridisciplinaire :
- Dr Ahlem HADJ SMAHA (Service de Dermatologie-Vénérologie)
- Dr Tewfik BOUNZIRAT (Service de Médecine Interne)
- Dr Youcef BELGAID (Service de Néphrologie)
Cette collaboration entre dermatologues, internistes et néphrologues a permis un diagnostic rapide et une prise en charge vitale pour la patiente.
1. Le cas clinique : Une réaction retardée
Une patiente de 83 ans, suivie pour hypertension et diabète, commence un traitement par Allopurinol pour une hyperuricémie (goutte).
- Le délai : 20 jours après la première prise, une éruption cutanée généralisée apparaît.
- Les signes : Visage gonflé (œdème), plaques rouges sur les jambes, et lésions douloureuses dans la bouche.
- La gravité : Son état est instable. Les analyses montrent une inflammation massive (CRP à 196) et une atteinte des reins et du foie (transaminases élevées).
2. Le coupable : L'Allopurinol et l'Insuffisance Rénale
L'Allopurinol est l'une des causes fréquentes de DRESS.
- Le mécanisme : Ce n'est pas seulement le médicament, mais son résidu (l'oxypurinol) qui s'accumule.
- Le facteur de risque : Chez les patients ayant une insuffisance rénale, ce résidu est mal éliminé, ce qui augmente massivement le risque de réaction grave. C'était le cas de cette patiente.
3. Comment reconnaître un DRESS Syndrome ? (La triade)
Le diagnostic est souvent difficile car il ressemble à une infection virale au début. Il faut y penser devant :
- Une éruption cutanée qui gratte, débutant souvent 2 à 6 semaines après un nouveau médicament.
- Un œdème du visage (visage bouffi).
- De la fièvre et des ganglions gonflés.
- Une hyperéosinophilie (augmentation d'un type précis de globules blancs à la prise de sang).
4. Le traitement : Une urgence vitale
L'évolution a été "spectaculaire" chez cette patiente grâce à deux actions immédiates :
- L'arrêt définitif de l'Allopurinol.
- Une corticothérapie forte (1 mg/kg/jour).
💡 L'avis de l'expert:
Ce cas rapporté par les équipes de Mostaganem souligne un point crucial pour notre pratique locale :
- Vigilance Insuffisance Rénale : En Algérie, beaucoup de patients âgés sont diabétiques et hypertendus avec une fonction rénale fragile. Prescrire de l'Allopurinol à ces patients demande une surveillance extrême.
- Le délai est la clé : Si un patient sous Allopurinol développe de la fièvre et des plaques rouges 3 semaines après le début du traitement, n'attendez pas ! C'est un DRESS jusqu'à preuve du contraire.
- Ne jamais reprendre le médicament : Un patient ayant fait un DRESS à l'Allopurinol ne doit plus jamais en reprendre. La réintroduction peut être mortelle.
Le message des Docteurs Hadj Smaha, Bounzirat et Belgaid :
"La précocité du diagnostic est fondamentale pour l’arrêt définitif du médicament suspect. Le DRESS syndrome est une entité rare mais potentiellement grave qui peut mettre en jeu le pronostic vital."
Dr NAAS AI.
l'article original au lien suivant :
https://www.dermatologie-pratique.com/journal/article/0011772-dress-syndrome-lallopurinol?check_logged_in=1

