Moins de médicaments, plus de santé : Le défi de la déprescription

Moins de médicaments, plus de santé : Le défi de la déprescription

Le Dr Sandrine Khalifa, gériatre, partage son expérience en Ehpad où elle a réussi à réduire la polymédication (le fait de prendre plus de 5 à 10 médicaments par jour). À 89 ans en moyenne, 41 % des résidents prenaient plus de 10 molécules différentes, augmentant massivement les risques de chutes et d'interactions.

1. Pourquoi déprescrire ?

Avec l'âge, certains traitements perdent leur utilité ou deviennent dangereux :

  • Prévention inutile : Garder des médicaments pour prévenir des risques à 20 ans (cholestérol, vitamines) chez une personne centenaire dénutrie n'a plus de sens.
  • Le risque de chute : De nombreux médicaments (somnifères, traitements contre l'hypertension ou les vertiges) favorisent les chutes, première cause de perte d'autonomie.
  • La cascade médicamenteuse : On prescrit parfois un nouveau médicament pour soigner l'effet secondaire d'un ancien (ex: donner un anti-vertigineux au lieu d'arrêter un médicament qui fait baisser la tension trop fort).

2. Les clés de la réussite : Confiance et Coopération

Le Dr Khalifa insiste sur le fait que la déprescription ne se décrète pas, elle se construit :

  • Le temps : Il a fallu un an pour créer un climat de confiance entre médecins, infirmières, pharmaciens et résidents.
  • Le dialogue avec le patient : On ne supprime pas une ligne d'ordonnance "en cachette". Il faut expliquer au patient pourquoi ce médicament, qu'il prend peut-être depuis 20 ans, est devenu son ennemi.
  • Le pharmacien comme allié : Le pharmacien aide à réviser l'ordonnance ligne par ligne pour repérer les molécules inappropriées.

3. Les freins à lever

  • L'attachement au médicament : Le patient a souvent peur que son état empire s'il arrête. L'astuce du Dr Khalifa : proposer des alternatives (ex: remplacer un antibiotique inutile par de la canneberge pour rassurer une patiente).
  • La peur du spécialiste : Un médecin généraliste hésite parfois à arrêter un traitement prescrit par un cardiologue ou un neurologue. Le consensus en équipe (gériatre + pharmacien) permet de légitimer cette décision.

Le "Piège" de l'ordonnance chargée : Pourquoi plus n'est pas mieux

En Algérie, on a souvent tendance à juger la qualité d'un médecin à la longueur de son ordonnance. Pour beaucoup, un "bon" médecin est celui qui prescrit cinq ou six boîtes de médicaments. Si l'ordonnance est courte, on a l'impression d'avoir payé la consultation "pour rien".

C'est une idée reçue qu'il faut absolument déconstruire pour protéger nos aînés.

  • Le médicament n'est pas un trophée : Chaque ligne sur une ordonnance est une substance chimique que le foie et les reins d'une personne âgée doivent éliminer. À 80 ans, ces organes fatiguent. Accumuler les boîtes, c'est fatiguer le corps inutilement.
  • Le risque de "conflit" entre médicaments : Plus vous avez de boîtes, plus le risque que le médicament A empêche le médicament B de fonctionner (ou qu'ils créent ensemble un effet toxique) est élevé. C'est ce qu'on appelle les interactions médicamenteuses.
  • La vraie compétence du médecin : Un médecin qui prend le temps de retirer un médicament inutile fait preuve d'une plus grande expertise qu'un médecin qui ajoute une énième boîte. Savoir dire "Ce médicament ne vous sert plus, il vous fatigue", c'est un acte médical courageux et salvateur.

Mon conseil de pro pour les familles

Ne poussez pas votre médecin à "rajouter quelque chose pour fortifier". La meilleure "fortification" pour un parent âgé est souvent de nettoyer son ordonnance des traitements obsolètes. Une ordonnance courte est le signe d'un médecin qui a pris le temps d'analyser ce qui est vraiment vital pour votre proche.

Mieux vaut une seule molécule qui soigne, que dix qui s'entre-tuent dans l'organisme.

Dr NAAS A.

Image