Plaies infectées : Pourquoi l'antibiotique n'est pas automatique

Plaies infectées : Pourquoi l'antibiotique n'est pas automatique

Face à une plaie qui stagne, le réflexe est souvent de prescrire un antibiotique. Pourtant, deux patients sur trois porteurs de plaies chroniques en reçoivent de manière inappropriée. Le Dr Hélène Durox (CHU de Limoges) rappelle une règle d'or : la présence de bactéries ne signifie pas forcément qu'il y a une infection.

1. Ne pas confondre "colonisation" et "infection"

La peau n'est pas stérile. Elle héberge une flore protectrice qu'il faut respecter.

  • La colonisation : C'est physiologique. Des bactéries vivent dans la plaie sans causer de dégâts. Précipiter un prélèvement à ce stade conduit souvent à une prescription inutile.
  • L'infection : C'est pathologique. Les germes se multiplient, provoquent une réaction inflammatoire et bloquent la cicatrisation.

2. Comment reconnaître une vraie infection ?

Le diagnostic est clinique, car les prises de sang (CRP, globules blancs) sont peu spécifiques. Les signes qui doivent alerter :

  • Douleur inhabituelle et brutale.
  • Arrêt net de la cicatrisation.
  • Suppuration franche (pus) ou abcès.
  • Tissu de granulation qui devient friable.
  • Rougeur chaude et étendue autour de la plaie (dermohypodermite).

3. Les antibiotiques locaux : À éviter

L'antibiothérapie locale est déconseillée. Elle n'aide pas à guérir, augmente le risque d'allergie de contact et favorise surtout la sélection de bactéries résistantes. Pour nettoyer, l'eau et le savon ou le sérum physiologique restent les meilleurs alliés.

4. La stratégie de traitement par voie orale

Si l'infection est confirmée, le traitement doit être court et ciblé :

  • Plaies récentes (légères) : On privilégie un spectre étroit (Céphalosporines de 1ère génération ou Clindamycine) pendant 7 jours.
  • Plaies chroniques ou plus sévères : L'association Amoxicilline + Acide clavulanique est la référence.
  • Arrêt du traitement : Dès que les signes d'infection (rougeur, pus, douleur) disparaissent, on arrête l'antibiotique. On n'attend jamais la cicatrisation complète pour stopper le traitement.

Mon conseil de pro

L'antibiotique n'est qu'un maillon de la chaîne. Pour qu'une plaie guérisse, il faut avant tout une prise en charge globale : un bon débridement (nettoyage des tissus morts), une compression efficace pour les ulcères veineux, ou une mise en décharge pour le pied diabétique. Si la plaie ne cicatrise pas malgré tout, il faut chercher une autre cause (problème vasculaire, cancer cutané, etc.) plutôt que de multiplier les antibiotiques.

 

Dr NAAS A.

D’après la communication du Dr Hélène Durox, dermatologue CHU Limoges, Journées Cicatrisations, 20 janvier 2025

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